8 février 2022 / 09:00 / Domaine de Palogne

Introduction

Ce mardi 8 février, nous nous sommes donné rendez-vous au domaine de Palogne pour une Réunion de Coordination sur le thème de l’accueil des personnes à besoins spécifiques. Camille Lezy et Philippe Harmegnies de l’association Passe Muraille – une association basées à Mons, spécialisée dans l’accueil des personnes à besoin spécifiques nous ont accompagné tout au long de la journée.

Cette journée a aussi été l’occasion pour une dizaine de personnes (animateurs, animatrices, coordinateurs, coordinatrices) venant de nos différents centres de se rencontrer et échanger sur leurs pratiques dans une ambiance conviviale. 

Déroulement de la journée

Chaque participant·e a pu exposer ses attentes, ce qui a été l’occasion pour Philippe de nous donner déjà quelques informations sur le sujet de notre journée. S’en est suivi un atelier de mise en situation : Camille a distribué à chacun·e une feuille de papier sur laquelle se trouve plusieurs formes géométriques et un labyrinthe, ainsi qu’un miroir, l’interrogation se lit sur le visage des participant·es. Le principe de l’atelier est de faire ressentir à ceux et celles qui réalisent l’exercice ce que ressentent des personnes en situation de léger handicap mental. La consigne est de réaliser trois exercices en plaçant le miroir face à leur feuille, et en ne regardant que celui-ci qui sera leur seule source d’information :

  • Recopier sur la feuille distribuée les formes géométriques (un carré, un trapèze, un cœur, une flèche et un smiley) en 5mn et en ne regardant pas la feuille mais seulement le miroir.
  • Toujours en regardant dans le miroir, trouver la sortie du labyrinthe sans toucher les lignes en un maximum de 3mn.
  • Enfin, écrire son prénom, en cursives et en capitales, en ne regardant encore que le miroir.

En plus d’avoir un timing serré, les formateur et formatrice soumettent les participant·es à la pression en usant de phrases comme « allez hein ! Y en a qui y arrivent en 2 minutes », « une étude scientifique a prouvé que dans cet exercice, les hommes sont plus forts que les femmes », « des enfants de maternelle ont mieux réussi que vous »

Cette activité qui semblait au départ plutôt anodine a fortement interpellé nos participant·es. En effet, une fois que chacun· a posé son bic sur la table, le temps du débrief est arrivé. Parmi les ressentis, les mots blocage, difficulté, stress, tension, etc. sont ressortis. Certain·es se sentaient humilié·es, frustré·es, perturbé·es. Tou·tes s’accordent alors sur un point : les enfants qui vivent ces situations au quotidien font preuve d’une énorme résilience ! Cette mise en situation permet de travailler beaucoup plus facilement l’empathie.

Ce qu’ont vécu les participant·es, c’est une situation de déficience légère. En effet, une personne en très bonne santé physique et mentale retiendra entre 5 et 7 informations à la fois alors qu’une personne qui a une légère déficience n’en retiendra qu’une ou deux. L’exercice avait pour but de multiplier les informations à analyser et ainsi arriver à saturation.

Lors du tour de table de début de journée, nous avons tou·tes dû donner un mot qui nous vient à l’esprit lorsque l’on entend le mot « handicap ». Nous y revenons avec un constat : la majorité d’entre eux sont négatifs. Mais alors d’où cela vient-il ? Pourquoi parler de handicap amène presque toujours une connotation négative ?

La réflexion est lancée chez nos participant·es. Ici, on parle à nouveau d’empathie, de mise à la place de l’autre, de rapport de chacun à l’autre et puis, finalement, le mot peur ressort. La peur de ne pas oser aller plus loin parce qu’on ne maîtrise pas, la peur de comment va réagir la personne que l’on va souhaiter aider, globalement : la peur de mal faire.

Ce côté négatif vient donc bien d’une dimension de peur, liée au fait de ne pas être correctement outillé·es émotionnellement. Notre formateur n’hésite pas à utiliser des mots forts pour parler de cette “mise à l’écart” des personnes en situation de handicap, citant la dualité des types d’enseignement en Belgique, l’existence des transports en commun et des transports spécialisés, ou encore des taxis qui refusent les chiens guides, qu’une personne en chaise roulante devra prévenir la SNCB 24h à l’avance si elle souhaite prendre le train, perdant ainsi énormément d’autonomie. 

Et pourtant, cette peur de mal faire peut facilement être déduite de l’équation. Comment ? Tout simplement en communiquant : demander à l’autre ce dont il a besoin, ce dont il a envie, s’il a besoin de quelque chose. Il faut dans cette communication être capable entendre et d’accepter le “non”, sans le prendre personnellement, d’admettre que la personne sait mieux que quiconque si elle a besoin d’aide ou pas.

Dans nos centres, plusieurs font déjà un travail d’inclusion des personnes à besoins spécifiques.

La Ferme du Monceau présente l’exemple de l’utilisation d’animaux en 3D ou de pictogrammes pour indiquer le chemin. Rendre les indications compréhensibles au plus grand nombre, permet un maximum d’autonomie. On constate dans la société une généralisation de cette manière de donner des repères avec des pictogrammes :  plus de “parking 1A” mais bien des “fraise bleue”, “pomme rouge”, “banane orange” qui permettent au plus grand nombre de s’orienter facilement en faisant fi de leurs difficultés de lecture (déficience intellectuelle, primo arrivants, déficience visuelle, enfants, etc.)

La journée continue avec un petit quizz de chiffres. On apprend que 80% des situations de handicap surviennent en cours de vie, que 80% des handicaps sont invisibles (surdité, malentendant, maladies cardiaques, dyslexies, bipolarité, etc.) et que ce qui permet d’identifier un handicap, c’est l’outil qu’utilise la personne qui le subit (lunettes noires, cane blanche, appareil oditif…). On apprend également que seulement 1 personne aveugle sur 10 est capable de lire le braille et que moins de 50% des personnes sourdes sont capables de signer.

Enfin, on parle des personnes à mobilité réduite (PMR). On voit immédiatement les personnes en chaise roulante mais ce n’est qu’une partie des PMR. En effet, sont aussi considérées comme PMR toutes les personnes dont la capacité à se mouvoir est réduite : les personnes qui ont des béquilles, les personnes ayant des déficiences motrices, visuelles, les poussettes, les personnes fortes, les futures mamans, les enfants, les livreurs de colis, etc. On peut dire que chacun a un jour été ou sera un jour en situation de PMR. Réfléchir aux accès PMR est donc un élément nécessaire pour l’ensemble de la population, pas une petite partie de celle-ci.

Pour illustrer cette discussion, place à l’action. Nous allons essayer de nous déplacer en chaise roulante. Avant tout, nous apprenons que la chaise roulante d’une personne qui y est tout le temps est un peu une partie d’elle-même, et que la toucher sans demander est intrusif pour la personne qui y siège. De même, pousser une chaise sans demander l’accord de son occupant·e, est un peu comme si on soulevait et déplaçait quelqu’un·e sans y avoir été invité.

Nous testons maintenant l’accès à la toilette PMR du domaine de Palogne, beaucoup de choses ont été bien pensées : la porte est assez grande, l’évacuation sous l’évier ne touche pas les jambes (évitant les brûlures sur les genoux lorsque l’eau chaude part dans les canalisations), le miroir mobile est également un plus qui facilite son utilisation, le robinet est adapté aux personnes ne pouvant pas saisir des choses avec leurs mains. Certain·es font le passage de la chaise au WC, cet exercice demande une grande force dans les bras et des points d’appui bien pensés. Ceci permet une prise de conscience sur les difficultés rencontrées dans chaque geste du quotidien.

Une autre mise en situation nous est proposée : l’utilisation de lunettes permettant de tester différentes situations de malvoyance. Une fois de plus, on prend la mesure des conséquences d’une déficience sur les gestes quotidiens : se déplacer sans se cogner ou trébucher, se repérer dans l’espace, reconnaitre les personnes qui nous entourent…

Les participant·es sont ensuite invité·es à mettre un casque anti-bruit, une personne articule face aux autres des phrases sans émettre de son, pour les mettre en situation de surdité. Il est intéressant de voir comment ces phrases sont perçues mais également comment les personnes désignées pour les énoncer les expriment, certain·es en articulant exagérément, d’autres en utilisant des gestes.

Enfin, la journée se termine sur l’apprentissage de quelques mots ainsi que de l’alphabet en langage des signes. Une anecdote intéressante, bien que le langage des signes soit différent d’un pays à l’autre, quelqu’un qui signera en langage des signes de Belgique qui rencontrera un japonais qui signe se fera plus facilement comprendre que des personnes qui parlent deux langues différentes.

Quelques infos supplémentaies

Il est important de changer de mode de réflexion. Arrêter de penser « Cette personne ne peut pas faire ça, c’est trop dangereux pour elle » mais plutôt réfléchir en terme de « Comment je peux lui permettre de faire ça ? Quelles adaptations peuvent être faites ? » 
Un élément central est de faire la différence entre handicap et déficience. En effet, le handicap est la résultante d’une déficience. On peut donc faire disparaître le handicap en s’adaptant à la déficience. Par exemple, le fait que certaines personnes ont besoin de plus de temps pour intégrer une information (déficience intellectuelle), pour se mouvoir (PMR), pour écrire (Dys-), etc. Pour nos Centres, le cadre permet de prendre le temps nécessaire à remettre l’humain au centre du projet en gardant en tête la notion d’autonomie de la personne. On peut donc adapter nos environnements en levant les obstacles afin que les personnes ne soient plus « handicapées » par la situation.

Rappel important de vocabulaire :

  • L’exclusion consiste à rejeter ou ignorer les personnes qui ne correspondent pas aux normes du groupe.
  • La ségrégation impose une séparation entre les groupes aux codes différents.
  • Dans l’intégration, les minorités font partie du groupe malgré leurs différences. Cependant, les membres du groupe attendent que ce soit les minorités qui s’adaptent à leur fonctionnement.
  • Dans l’inclusion, les membres du groupe acceptent et s’adaptent aux codes de chacun·e.

Lorsque l’on parle d’accessibilité architecturale, il y a des normes à respecter, mais aussi une analyse globale à garder en tête. Tous les points ne doivent pas forcément être mis en place en même temps mais s’ils sont travaillés, ils doivent l’être dans les règles de l’art (ex : un décalage 5-10 cm dans la création d’une place handicapé·e peut la rendre inutilisable).

  • S comme Stationner : c’est tout ce qui concerne les dimensions de parking, les différents moyens de stationnement, etc.
  • E comme Entrer : il s’agit de la réflexion sur les fléchages, la signalétique. Il faut penser à indiquer les SAS d’entrée, faire ce qu’il faut pour que les gens remarquent qu’il y a une vitre transparente (logo stickers, ou vitre à moitié brouillée à 60 cm, etc.), montrer le sens d’ouverture, etc.
  • C comme Circuler : nous parlons autant de circulation horizontale (dimension des couloirs, éclairages, etc.) que de circulation verticale les notions à envisager pour les ascenseurs et les escaliers (miroirs dans les ascenseurs, synthèse vocale, barre d’appui, etc.)
  • U comme Utiliser : il faut une réflexion quant au fait que les personnes ayant une déficience interagissent différemment avec leur environnement. Par exemple une personne en chaise roulante aura une utilisation des toilettes différentes d’une personne qui se tient debout. Il faudra donc une adaptation vis à vis du lavabo, de la barre d’appui, etc.
  • E comme Évacuer : on parle ici de toutes les normes à respecter en cas d’incendies ou de besoin d’évacuation. Pour les alarmes, par exemple, il faut qu’elles soient auditive et visuelles.

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